La rencontre de l’être avec le hêtre
Contribution de Sylvie pour ce conte raconté dans sa version 1.0 (quasi identique à la version 1.1)
CC BY‑SA 4.0 — Nos contes vivants de la bienveillance en archipels, un commun contributif
Conte : La rencontre de l’être avec le hêtre
Version 1.1
Voici racontée la rencontre de l’être avec le hêtre.
Un pas vers l’intérieur.
Un pas vers le vivant.
L’être marchait depuis un moment déjà,
avec cette sensation étrange
d’être venu là pour quelque chose
sans savoir encore quoi.
La forêt autour semblait respirer doucement,
comme si chaque tronc, chaque mousse, chaque souffle d’air
portait une intention discrète.
L’être s’arrêta.
Un hêtre immense se dressait devant lui.
Pas menaçant.
Pas imposant.
Juste… présent.
Comme un ancien compagnon qui veille sans bruit.
À cet instant, quelque chose pulsa en dedans.
Une lueur.
Une couleur
Régulon.
Un halo vert, clair, ouvert,
comme une respiration intérieure qui dit :
« C’est bon. Tu peux être en lien. »
Alors seulement, une autre présence se manifesta.
Pas une forme.
Pas une silhouette.
Plutôt un frémissement dans l’air,
une attention douce,
une main invisible tendue vers l’être.
Connecton.
Il ne parlait pas.
Il était attentif.
Il clarifiait le flou et le doute.
Il se tenait là, disponible,
prêt à relier sans envahir,
comme des bras grands ouverts.
L’être inspira.
Tout semblait là, simple, fluide, accordé.
Connecton ouvrit alors un passage.
Le hêtre sembla respirer autrement,
comme si une mémoire ancienne se déployait dans l’air.
Une vibration monta du tronc,
douce, profonde, presque imperceptible,
comme un murmure que seule la forêt comprend.
Ce n’était pas une parole.
Pas un message adressé.
Plutôt une sagesse qui se laissait entendre,
libre de circuler pour qui voulait l’accueillir.
« Nous sommes des Passeurs‑Alchimistes.
Nous recevons.
Nous faisons circuler, nous bonifions.
Nous protégeons, nous contribuons, nous donnons
là où la vie a réellement besoin de nous,
à la juste mesure de nos forces. »
La vibration se diffusa dans la lumière,
et d’autres hêtres, plus loin,
semblèrent répondre par un frémissement léger,
comme si la forêt entière connaissait ce mouvement
depuis toujours.
Puis un craquement sec retentit derrière.
Un son bref, inattendu.
Régulon vira instantanément au rouge,
un rouge vif, tendu,
comme une alerte silencieuse,
qui appelle à batailler
ou à prendre ses jambes à son cou.
Connecton fut aussitôt éclipsé,
mis sur la touche par ce changement d’état.
Une densité apparut derrière.
Pas une forme.
Pas un visage.
Juste une tension compacte,
un resserrement dans l’air.
Toctoc.
La tension.
Pure.
Présente.
Sans explication.
Le souffle de l’être se bloqua.
Le rouge de Régulon pulsa plus vite.
Alors une présence calme entra dans la scène.
Précise.
Stable.
Cogiton.
Il ne chassa rien.
Il ne s’opposa pas.
Il se plaça simplement là,
comme une pensée claire au milieu du tumulte.
« On va vérifier », dit-il sans voix.
Il fit appel à Ressenton.
Juste à la vue.
Un geste vers l’extérieur, simple.
L’être regarda.
Rien.
Rien à l’horizon.
Juste le craquement d’avant, déjà dissipé.
Fin de l’incident,
fausse alerte ?
C’est sans compter sur Blablaton
qui, fidèle à lui‑même, surgit aussitôt,
tissant un scénario catastrophique,
comme il savait si bien les tricoter :
une menace cachée,
un danger imminent,
une histoire qui s’emballe toute seule.
Cogiton ne discuta pas
car c’est une fausse bonne idée de relancer Blablaton.
Il fit simplement appel à Centron.
Centron arriva comme un axe.
Un recentrage.
Une descente.
Une respiration ventrale qui s’installe,
large, profonde, stable.
À chaque souffle,
le rouge de Régulon se fit moins vif.
Moins serré.
Moins urgent.
Puis, doucement,
le halo redevint vert.
Un vert clair, ouvert, disponible.
Toctoc se dissipa dans la lumière tamisée de la clairière,
comme si la tension perdait sa prise.
Et dans cet espace redevenu sûr,
une présence familière revint,
douce, attentive,
prête à vérifier, à relier, à clarifier.
Connecton était de retour dans le jeu.
L’être inspira encore une fois,
profondément,
avec Centron qui tenait l’axe
et Cogiton qui veillait calmement.
Tout semblait redevenir fluide.
C’est alors qu’un son étrange fendit l’air.
Un son qui n’avait rien à faire ici.
Ni souffle,
ni craquement,
ni murmure du vivant.
Un son extérieur, mécanique, insistant.
L’être se figea.
Régulon migra au vert pâle,
orienté vers l’extérieur,
comme si quelque chose appelait
au-delà de la clairière intérieure.
Le son se répéta.
Encore.
Encore.
Il ne fut pas reconnu tout de suite.
Puis la compréhension remonta.
Une alarme.
Un téléphone.
Un rendez-vous.
Le monde intérieur suspendit son mouvement.
Toctoc réapparut furtivement,
saisi par la tension brute de la sonnerie.
Blablaton se tut.
Ressenton replia ses antennes.
Cogiton inclina la tête.
Connecton se retira avec douceur.
L’être cligna des yeux.
Le son continuait.
Il était temps de revenir.
« D’accord, d’accord ! » murmura-t-il,
« mais au rythme qui me fera du bien » , comme un écho lointain
à l’onde de la forêt.
Il ne se précipita pas.
Il laissa la vibration du hêtre descendre jusqu’à ses pieds,
infusant chaque cellule de cette inspiration,
comme un cadeau :
« À la juste mesure de mes forces ».
Et le conte s’arrêta là provisoirement.
Une graine.
D’autres voix intérieures qui veulent se faire entendre.
Pour qu’un autre hêtre — peut-être — émerge,
avec d’autres êtres.
CC BY‑SA 4.0 — Nos contes vivants de la bienveillance en archipels, un commun contributif
