Repères méthodologiques
Dans cette œuvre vivante, certaines idées jouent le rôle de balises discrètes.
Elles ne forment ni une théorie, ni un cadre rigide, mais plutôt des repères : des points d’appui pour comprendre comment le projet s’organise, comment il respire, comment il grandit.
Ces repères éclairent la manière dont les contributions se tissent, comment le milieu oriente sans imposer, comment la bienveillance circule, comment la gouvernance reste organique et ajustée.
Ils permettent de voir ce qui, d’habitude, reste en arrière‑plan : les dynamiques, les principes, les motifs qui soutiennent l’ensemble.
Tu peux les explorer librement, à ton rythme.
Chaque repère est une fenêtre ouverte sur la façon dont l’écosystème se construit, se protège et se transforme.
"Stigmergie" revisitée par la bienveillance
La stigmergie décrit une forme d’auto‑organisation où chaque action laisse une trace dans l’environnement, et cette trace devient une invitation pour les actions suivantes.
Pas de chef.
Pas de plan centralisé.
Pas d’injonction.
Juste un milieu vivant qui se transforme et oriente les contributions.
C’est une forme d’auto‑organisation douce, distribuée, émergente.
Dans sa version classique, elle est souvent inconsciente, fonctionnelle, orientée vers l’efficacité : les fourmis déposent une phéromone, une autre suit la trace, et l’organisation émerge sans intention explicite.
Dans notre écosystème, ce principe existe — mais il est réinterprété, humanisé, habité par la bienveillance.
Ici, chaque contribution laisse bien une trace, mais cette trace n’est jamais seulement un ajout matériel.
Elle porte toujours un duo vivant :
une matière palpable (un mot, une nuance, une correction, une idée),
et une manifestation de bienveillance (une intention, une attention, une juste mesure, un soin du vivant).
C’est cette seconde dimension qui transforme la stigmergie en quelque chose de plus profond.
Dans la stigmergie classique, la trace oriente mécaniquement.
Dans la stigmergie revisitée par la bienveillance, la trace inspire, apaise, invite, ouvre un chemin, protège le fragile, honore le rythme de chacun.
Le milieu n’est pas seulement un espace d’actions accumulées :
c’est un écosystème relationnel, façonné par la qualité des gestes, par la posture, par le mantra, par la manière d’être ensemble.
Ainsi, l’auto‑organisation ne repose pas sur la simple répétition de signaux, mais sur une écologie intérieure et relationnelle où chaque geste contribue à la fois à l’œuvre et au climat dans lequel elle grandit.
La stigmergie devient alors :
consciente plutôt qu’automatique,
éthique plutôt que fonctionnelle,
poétique plutôt que mécanique,
relationnelle plutôt qu’opérationnelle,
ajustée plutôt que réactive.
C’est une stigmergie du vivant intérieur, où la trace laissée n’est pas seulement un repère pour l’action suivante, mais aussi un appel à la justesse, un signal de bienveillance, une invitation à contribuer sans se perdre.
Repère d’auto-entrée — Chacun choisit son point d’entrée
Il n’y a pas de porte principale à cet univers.
On peut contribuer :
par un mot,
une relecture,
une illustration,
une question,
une mise en lien,
ou simplement une présence.
Aucun parcours n’est attendu ni linéaire.
Repère de hiérarchie des contributions — Toutes les contributions comptent
Une petite touche juste vaut mieux qu’un grand ajout forcé.
Une phrase ajustée,
une nuance sémantique,
un silence respecté,
un commentaire bien posé
une suggestion de nouvel usage pour un conte stabilisé
sont considérés comme des contributions à part entière.
Organisationnellement : pas de hiérarchie implicite entre “gros” et “petits” apports.
Aucune priorité imposée.
Il n’y a, par principe,
ni priorité à un conte,
ni à un public,
ni à un usage,
et encore moins donc à un contributeur.
Exception :
lorsque la nature d’une contribution l’exige — notamment pour des créations identifiables comme des illustrations, des compositions, des textes signés — le nom du contributeur est mentionné, conformément aux licences Creative Commons, mais il ne s’agit pas de l’expression d’une hiérarchie.
Clarification indispensable (pour éviter les contresens)
Ce repère ne dit pas :
qu’il n’y a pas d’élans,
qu’il n’y a pas de besoins,
qu’il n’y a pas de contextes plus sensibles à certains moments.
Il dit :
qu’aucune priorité structurelle n’est décrétée,
que les priorités émergent localement, temporairement,
et qu’elles peuvent être remises en question.
Nous ne nous organisons pas par objectifs dominants.
Nous nous orientions individuellement et collectivement par résonances.
Repère de versionnage vivant — Rien n’est jamais définitif
Les textes vivent par versions successives.
Les documents sont :
- ouverts,
- amendables,
- réversibles.
Une version n’annule pas la précédente : elle s’y appuie.
Méthode : versionner sans effacer, documenter sans figer.
Repère de bifurcation — Le droit au dédoublement
Quand une vision diverge, ce n’est pas un problème à régler.
Elle peut devenir une branche, sans être vue comme un affront, ni comme une trahison —
ni envers la version d’origine, ni envers ses contributeurs.
Cela fait partie de la règle du jeu :
un jeu éminemment bienveillant, qui remet le “je” à sa juste place.
Plutôt que trancher, on peut :
dupliquer un passage,
ouvrir une variante,
créer un autre hêtre,
voire même aller créer un autre univers ailleurs.
Organisationnellement : la divergence nourrit la forêt – et parfois le monde.
Repère de traçabilité douce — Laisser des traces lisibles
Chacun est invité à laisser une trace compréhensible de son geste.
Pourquoi cette modification ?
Dans quel esprit ?
À quel endroit du texte intérieur elle répond ?
Ce n’est pas une justification, mais une orientation pour les suivants
→ stigmergie revisitée, concrètement.
Par ailleurs, les gestes de reconnaissance sont d’autant plus nourrissants
lorsqu’ils vont au-delà d’un 👍 ou d’un ❤️ .
Dire ce qui a touché, ce que cela a éclairé,
ou quel fil cela donne envie de tirer
nourrit à la fois la gratitude et la dynamique collective.
Repère de temporalité et de clarifications — Pas de délais implicites
L’absence de réponse n’est pas un refus.
Beaucoup de tensions ou d’incompréhensions naissent de suppositions non vérifiées, notamment sur l’absence de réaction, de contribution alors qu’elle peut être attendue.
Avant de réagir nous observons, écoutons ou demandons des clarifications.
Les temps de latence sont respectés, et les relances toujours possibles mais toujours explicites, légères et bienveillantes, au même titre que les réponses.
Contribuer dans la bienveillance, c’est prendre conscience de deux dimensions indissociables :
Bienveillance à soi : respecter son rythme, ses limites et son énergie.
Bienveillance à autrui : tenir compte de l’impact de son rythme sur les autres contributeurs et sur le collectif.
Organisationnellement : ce repère protège le collectif des malentendus et de la pression, tout en maintenant la fluidité et la bienveillance dans la co-construction.
Repère de régulation collective — Quand ça coince, on se connecte
Une friction est un signal, un Toctoc qui se manifeste, voire un Boumboum si un ou plusieurs Toctoc précédents n’ont pas été entendus.
Ce n’est pas pas un échec, ni une anomalie.
En cas de tension :
on suspend la production,
on prend la précaution de la bonne posture (notamment l’ego à sa juste place) et du bon état (Régulon au Vert),
on explicite les ressentis,
on s’écoute et on essaye de se comprendre,
on lève les éventuels malentendus,
on peut faire appel à un tiers si nécessaire.
👉 Méthode : la régulation est strictement prioritaire sur l’avancement.
Repère de coordination minimale — Pas de chef, mais des jardiniers
Certains veillent au cadre, pas au contenu. Ils ne sont ni nommés, ni élus. Ils se sont proposés volontaires et c’est appréciable et apprécié.
Rôles possibles (non fixes) :
gestionnaire des versions,
administrateurs du site internet,
veilleur de cohérence,
facilitateur de régulation,
passeur entre documents,
…
Organisationnellement : coordination distribuée avec des référents comme contacts opérationnels.
Repère de circulation — Les textes voyagent
Un texte peut changer de lieu, de forêt, de forme.
Un passage peut :
devenir un épisode,
nourrir un autre conte,
prendre une autre forme (ex : d’un texte à une bande dessinée).
👉 Méthode : pas de propriété exclusive des contenus.
Repère de clôture ouverte — Savoir s’arrêter sans fermer
Un texte peut être “assez mûr” sans être fini.
La clôture est contextuelle.
Elle peut être réversible.
Organisationnellement : on évite l’achèvement forcé.
CC BY‑SA 4.0 — Nos contes vivants de la bienveillance en archipels, un commun contributif
